Plusieurs figures de la French Tech franchissent un cap : elles transforment des années d’expérience entrepreneuriale en assistant IA disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Levée de fonds, recrutement, choix d’un associé, cession d’entreprise, la promesse est simple : rendre accessible à grande échelle un conseil qui, jusqu’ici, passait par un réseau ou un chèque de consultant. Voici ce que ce mouvement implique concrètement, et pourquoi il mérite l’attention des dirigeants.
Fred24 : le premier clone IA commercial d’un entrepreneur français
Frédéric Mazzella, cofondateur de BlaBlaCar, est l’un des premiers entrepreneurs français à en faire une offre payante structurée. Il vient de lancer Fred24, un assistant IA capable de répondre par écrit ou à l’oral aux questions des entrepreneurs.
Le fonctionnement est le suivant :
- Une dizaine de questions gratuites en mode chatbot pour tester l’outil
- Abonnement payant ensuite : 399 € HT pour six mois, 699 € HT pour douze mois en offre de lancement
- Option vocale : l’utilisateur appelle Fred24 et reçoit des réponses en synthèse vocale reproduisant la voix de Mazzella
L’assistant a été entraîné sur les conférences, ouvrages, interviews et contenus privés de l’entrepreneur, couvrant vingt ans d’expérience depuis la création de BlaBlaCar. Mazzella lui-même reconnaît : « L’IA écoute et s’adapte aux questions, puis elle va puiser ses réponses dans les milliers de contenus écrits ou audio, publics comme privés, sur lesquels nous l’avons entraînée. »
Côté technologie, Fred24 repose sur une collaboration avec Miria, une startup fondée en octobre 2025, qui s’appuie sur les modèles de Mistral AI et la synthèse vocale de Gradium, une société française dans laquelle Nvidia vient d’investir.
Un marché qui se structure rapidement
Miria ne se limite pas à Mazzella. La plateforme propose déjà 27 profils, dont Jean de la Rochebrochard (Kima Ventures) et Guillaume Moubeche (Lemlist). D’autres arrivent, comme Jean-Pierre Nadir, fondateur d’Easyvoyage.
Ce mouvement dépasse les frontières de Miria :
- Eric Larchevêque (cofondateur de Ledger) a intégré un assistant IA à son offre SKL Club. Les membres accèdent à des recommandations issues de « 300 heures de contenu ».
- Jacques Pommeraud, PDG d’Inetum, utilise un jumeau numérique pour coacher plusieurs dizaines de cadres simultanément.
- Delphi, startup américaine fondée après le lancement de ChatGPT en 2022, propose le même modèle avec des « digital minds ». Elle a levé 16 millions de dollars en série A menée par Sequoia Capital en juin 2025, après un premier tour de 2,7 millions de dollars mené par Founders Fund.
La convergence est claire : l’IA générative et les progrès de la synthèse vocale rendent désormais viable ce qui relevait de la science-fiction il y a deux ans.
Ce que ça change pour un dirigeant de TPE/PME
Un accès au conseil qui s’élargit
Jusqu’ici, bénéficier du regard d’un entrepreneur aguerri supposait d’avoir le bon réseau ou les moyens de payer un coaching à plusieurs centaines d’euros de l’heure. Ces outils cassent cette barrière, au moins partiellement.
Pour un dirigeant en phase de croissance ou un créateur qui cherche à structurer sa réflexion avant de prendre une décision importante, avoir accès à un assistant entraîné sur des années d’expérience à moins de 60 € par mois est un rapport coût/valeur potentiellement intéressant.
C’est un sujet connexe à d’autres outils qui simplifient la vie des dirigeants, comme la facturation électronique prise en charge par Qonto ou la gestion de la santé des salariés via Qanopee : la tendance de fond est la même, déléguer des fonctions complexes à des outils spécialisés pour libérer du temps dirigeant.
Les limites à ne pas ignorer
Ces assistants ont des contraintes structurelles qu’il faut nommer clairement.
La qualité dépend des données d’entraînement. Un clone entraîné sur des conférences publiques et quelques contenus privés ne restituera pas la nuance d’un échange en face-à-face. Le modèle répond à partir d’une base figée. Il ne connaît pas ton secteur, ta trésorerie, ton historique avec tes associés.
Le risque de sur-confiance est réel. Un outil qui parle avec la voix d’un entrepreneur reconnu peut induire un biais d’autorité. La réponse sonne juste, donc elle l’est. Ce raccourci cognitif est dangereux sur des sujets où les détails comptent : fiscal, juridique, social.
Signaler ses limites est une condition de valeur. La vraie qualité de ces outils se mesurera à leur capacité à dire « je ne sais pas » ou « consulte un expert-comptable sur ce point ». Un clone qui répond avec assurance à tout est probablement moins fiable qu’un clone qui sait reconnaître ses angles morts.
Une nouvelle source de revenus pour les experts
Pour les entrepreneurs, investisseurs ou experts qui ont accumulé une bibliothèque de contenus et une notoriété, ce modèle ouvre une monétisation passive réelle. L’expertise est transformée en service permanent, scalable, sans mobiliser directement le temps de la personne.
C’est un prolongement logique de la création de contenu. La différence avec un livre ou une newsletter : l’interaction est bidirectionnelle et personnalisée à la question posée. Ce positionnement rappelle d’ailleurs la logique derrière BlaBlaCar et son modèle d’industrialisation IA : utiliser l’IA pour passer à l’échelle sans multiplier les ressources humaines.
Mon avis
Je trouve le concept honnêtement intéressant, mais il faut garder la tête froide. Fred24 à 399 € HT pour six mois, c’est une somme raisonnable si tu testes une stratégie de croissance ou une décision de financement. Ça n’est pas raisonnable si tu attends que l’outil remplace un expert-comptable ou un avocat sur des sujets où une erreur coûte cher. Ces clones sont une première ligne de réflexion, pas un conseiller professionnel. Leur valeur réelle dépendra de la rigueur avec laquelle ils signalent leurs propres limites, et ça, on ne le saura vraiment qu’à l’usage. Sur les sujets de conformité, notamment avec l’essor de la réglementation IA, je renvoie plutôt vers Naaia et la conformité à l’IA Act : c’est là que les risques juridiques sont les plus concrets aujourd’hui.
Information & avertissement
Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement, en stratégie d’entreprise, ni un avis juridique ou fiscal personnalisé. Les tarifs et fonctionnalités mentionnés sont ceux communiqués au moment de la publication et peuvent évoluer. Pour toute décision structurante, consulte un expert-comptable, un avocat ou un conseiller spécialisé.
FAQ
Combien coûte Fred24, le clone IA de Frédéric Mazzella ?
L’offre de lancement est à 399 € HT pour six mois ou 699 € HT pour douze mois. Une dizaine de questions sont disponibles gratuitement. Il est aussi possible de passer par un appel vocal avec une voix de synthèse reproduisant celle de Mazzella.
Sur quelle technologie repose Fred24 ?
Fred24 a été développé avec Miria, une startup fondée en octobre 2025. Il utilise les modèles de Mistral AI pour la génération de texte et Gradium pour la synthèse vocale. Nvidia a récemment investi dans Gradium.
Est-ce qu’un clone IA peut remplacer un expert-comptable ou un avocat ?
Non. Ces outils sont conçus pour la réflexion stratégique et le coaching entrepreneurial, pas pour du conseil personnalisé en droit ou en fiscalité. Pour toute décision à impact juridique, fiscal ou social, il faut valider avec un professionnel qualifié.
Quels autres entrepreneurs proposent ce type de service en France ?
Miria liste déjà 27 profils, dont Jean de la Rochebrochard (Kima Ventures) et Guillaume Moubeche (Lemlist). Eric Larchevêque (Ledger) propose un assistant IA dans son SKL Club. Jacques Pommeraud (Inetum) utilise un jumeau numérique pour coacher ses cadres.
Delphi, la startup américaine concurrente, a-t-elle levé des fonds ?
Oui. Delphi a levé 16 millions de dollars en série A menée par Sequoia Capital en juin 2025, après un premier tour de 2,7 millions de dollars mené par Founders Fund. Elle propose le même modèle de digital minds pour coachs, créateurs et dirigeants.



