La conformité réglementaire autour de l’IA commence à peser lourd dans les agendas des directions juridiques et techniques. Naaia, une RegTech française fondée en 2022, vient de boucler une série A de 6 millions d’euros pour accélérer sur ce créneau. Selon Maddyness, l’investissement est mené par Ventech, un fonds qui voyait dans la conformité IA un “pré-requis critique” avant même de trouver la bonne plateforme où investir.
Ce que fait Naaia, concrètement
Naaia a été fondée par trois avocats associés, Nathalie Beslay, Benjamin May et Olivia Rime, accompagnés de Côme Sauzay, spécialiste de la transformation digitale. La startup commercialise sa solution depuis 2023.
L’outil centralise l’inventaire des systèmes d’IA déployés dans une organisation. Il permet ensuite de :
- qualifier les risques associés à chaque système
- répartir les responsabilités entre les équipes concernées
- automatiser les contrôles nécessaires à la conformité
Les référentiels pris en charge incluent l’IA Act européen, la norme ISO 42001 et le Cyber Resilience Act. L’approche que Naaia appelle “text to action” transforme directement une exigence réglementaire en tâche exécutable dans l’outil, sans passer par un cabinet de conseil ou un avocat externe.
Comme l’explique Nathalie Beslay, cofondatrice : « Nous réduisons le temps passé sur ces tâches grâce à une solution tout-en-un, qui va faire de la qualification réglementaire et de risque, du pilotage produit par produit, la génération de preuves, et tout ça de manière très intégrée dans les systèmes d’information des clients. »
Le tour de table en détail
Cette série A de 6 millions d’euros porte le total levé depuis la création à 9 millions d’euros. Les deux premières levées, réalisées auprès de business angels en 2023 et 2024, totalisaient 3 millions d’euros.
Jean Bourcereau, président et managing partner de Ventech, justifie l’investissement clairement : « Nous avions identifié la conformité et l’auditabilité comme un pré-requis critique au déploiement massif d’agents IA en entreprise et cherchions la bonne plateforme où investir pour prendre cette catégorie. »
Les fonds serviront à renforcer les équipes commerciales, produit et techniques. Naaia prévoit aussi d’accélérer le développement de ses propres agents IA et d’intégrer de nouveaux référentiels réglementaires, normatifs et sectoriels.
Qui est concerné par l’IA Act, et quand ?
L’IA Act européen suit un calendrier progressif. Pour les systèmes d’IA classés à haut risque, l’échéance de conformité est fixée entre fin 2027 et 2028. Ce n’est pas demain, mais préparer une cartographie complète des systèmes déployés, qualifier leurs risques et documenter les preuves de conformité prend du temps.
La clientèle actuelle de Naaia se compose principalement de groupes du CAC 40, du SBF 120 et d’acteurs publics. Des entreprises de taille plus modeste commencent à solliciter la plateforme dès lors que leur activité repose sur des produits numériques ou des systèmes d’IA.
Ce point est important pour les dirigeants de TPE et PME : si l’IA n’est pas au cœur de ton modèle économique, tu n’es probablement pas dans la zone rouge immédiate. Mais si tu déploies des outils d’IA pour des processus sensibles (RH, crédit, médical, sécurité), la question de la classification de ces systèmes mérite d’être posée maintenant.
À noter : la facturation électronique 2026 prise en charge par Qonto et les obligations similaires montrent que les obligations numériques s’accumulent pour les entreprises françaises. La conformité IA s’inscrit dans ce même mouvement de fond.
Ce que ça change pour toi
Pour la grande majorité des TPE et PME, Naaia ne sera pas un outil à déployer demain. La plateforme est taillée pour les grandes organisations avec des dizaines de systèmes d’IA à gérer et des équipes dédiées à la conformité.
En revanche, deux enseignements pratiques méritent d’être retenus.
Premier point : l’IA Act va créer des obligations documentaires réelles pour toute entreprise utilisant des systèmes d’IA dans des usages à risque. Même si tu passes par des outils SaaS tiers, la responsabilité de vérifier leur conformité pourrait reposer partiellement sur toi en tant que déployeur. C’est un sujet à poser à ton avocat ou ton consultant juridique maintenant, pas en 2027.
Deuxième point : le positionnement de Naaia illustre une tendance plus large. La conformité réglementaire devient un marché en soi, avec des outils dédiés, des acteurs spécialisés et des budgets croissants. Pour les entreprises qui vendent des produits numériques ou des services d’IA à des clients grands comptes, être en conformité certifiable pourrait devenir un critère d’accès aux marchés, au même titre qu’une certification ISO.
Sur les niches fiscales liées à l’innovation, le recentrage potentiel du CIR est un autre signal que la réglementation évolue vite. Les entreprises qui anticipent s’en sortent mieux que celles qui subissent.
Côté outils, si tu travailles sur ta comptabilité et tes obligations administratives au quotidien, des solutions comme Shine pour la facturation électronique t’aident déjà à prendre de l’avance sur les prochaines obligations.
Mon avis
Je trouve le positionnement de Naaia cohérent avec ce qui se passe sur le marché. L’IA Act est réel, le calendrier est connu, et beaucoup d’entreprises n’ont pas encore commencé à cartographier leurs systèmes. Une plateforme qui automatise cette démarche et génère des preuves auditables répond à un besoin concret, pas à une promesse abstraite.
Ce qui me retient d’être enthousiaste sans réserve : la cible actuelle est le CAC 40 et le SBF 120. Pour les PME, le sujet reste à surveiller mais l’urgence opérationnelle n’est pas là en 2026. À suivre sur les 18 prochains mois, notamment si Naaia descend effectivement en gamme comme la startup semble l’envisager.
Information et avertissement
Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou réglementaire personnalisé. Les obligations liées à l’IA Act dépendent de ton secteur, de la nature de tes systèmes d’IA et de leur classification réglementaire. Pour évaluer ta situation, consulte un avocat spécialisé en droit du numérique ou un consultant en conformité.
FAQ
Qu’est-ce que l’IA Act et à partir de quand s’applique-t-il ?
L’IA Act est le règlement européen qui encadre le développement et le déploiement des systèmes d’intelligence artificielle. Les interdictions de base s’appliquent depuis février 2025, et les obligations pour les systèmes à haut risque seront exigibles entre fin 2027 et 2028.
Mon entreprise est-elle concernée par l’IA Act dès maintenant ?
Cela dépend du type de systèmes d’IA utilisés et de leur niveau de risque. Si tu déploies des outils d’IA dans des domaines sensibles (RH, crédit, santé, sécurité), un premier audit avec un avocat spécialisé est conseillé. Pour les usages courants de type SaaS grand public, l’urgence est moindre.
Qu’est-ce que la norme ISO 42001 ?
L’ISO 42001 est une norme internationale de management des systèmes d’intelligence artificielle, publiée fin 2023. Elle définit des exigences pour gouverner et gérer les systèmes d’IA de façon responsable. Naaia intègre ce référentiel dans sa plateforme de conformité.
Qu’est-ce qu’une RegTech ?
Une RegTech (Regulatory Technology) est une entreprise dont le produit aide d’autres organisations à gérer leurs obligations réglementaires de façon automatisée et traçable. Naaia cible spécifiquement la conformité liée à l’IA.
Naaia est-elle accessible aux PME ?
Actuellement, la clientèle se compose principalement de grands groupes (CAC 40, SBF 120) et d’acteurs publics. Des entreprises plus modestes commencent à s’y intéresser quand leur activité est centrée sur des systèmes d’IA, mais la plateforme n’est pas encore positionnée pour les TPE classiques.



